Ceux qui brûlent

À Paraître

Couverture et illustrations :

Dessin et compositions © Hassan Echair

Ceux qui brûlent — © Éditions Musimot / 2021

14 X 18 cm / 66 pages   — ISBN 979-10-90536-43-2 —   Prix  15 €

Cathy Jurado

 

Ceux qui brûlent / Odyssée

 

Écrire, écrire ce si long chemin vers l’espoir… Donner voix à ceux qui par delà la Méditerranée entament un voyage d’infinie solitude. C’est cette odyssée que la poétesse nous révèle dans la pudeur du regard, la beauté et la force des mots. Elle porte ce chant comme un cri sourd honorant la mémoire de ceux qui brûlent dans l'errance. Ceux qui n’ont plus de nom mais perpétuent le souvenir d'une histoire ancestrale d'exil et de désir.

 

Ahmad est un harraga

un de ceux qui brûlent

qui brûlent leurs papiers

pour qu’on ne les attache plus

un de ceux qui brûlent

leur mémoire et leur cœur

pour qu’on ne les attache plus

Ahmad est un harraga

 

Ce poème, à lire comme un chant épique, est né de rencontres humaines. Habitée depuis longtemps par la question des origines, j’ai toujours considéré que les migrations et les exils successifs qui marquent l’Histoire humaine sont constitutifs de mon identité méditerranéenne. Le spectacle des grappes de réfugiés fuyant l’enfer par les voies maritimes m’est apparu d’emblée comme la tragique répétition de tous les événements – famines, guerres, désastres écologiques, économiques ou politiques – qui agitent depuis toujours l’Afrique et le sud de l’Europe, jetant à chaque fois des hommes et des femmes sur les routes les plus dangereuses, avec leur espoir pour seul viatique. Ma mémoire familiale (Andalousie, Algérie) et mon sang sont empreints de ces voyages, de ces routes et ces déroutes. Mon imaginaire poétique est empreint des épopées antiques, de ces récits-racines de notre culture qui, déjà, racontaient des traversées, des odyssées sans fin sur une mer perfide et vers des terres hostiles. Virgile ne fait-il pas dire à Enée « Moi-même inconnu, sans asile, je parcours fugitif les déserts de la Libye ; et l'Europe et l'Asie me repoussent tour à tour » ? Les hommes d’aujourd’hui ne sont pas les demi-dieux d’Homère, et ils n’ont rien d’autre que des embarcations de fortune qui les trahissent le plus souvent. Nul dieu tutélaire pour les sauver des eaux, mais plutôt des passeurs cyniques exploitant leur misère pour les abandonner à la mort. Parfois, quelques âmes, si la chance leur sourit, pour venir à leur secours. Et leur périple ne prend pas fin une fois arrivés sur la terre européenne, qui n’a rien d’un eldorado... J’ai rencontré en 2009 au Maroc des migrants d’Afrique, puis en 2015 des réfugiés du camp de Vintimille, et j’ai voulu dire ici, au-delà de la révolte qu’éveille la situation de ces réfugiés, la rencontre d’une humanité perdue entre deux terres et malmenée par l’Histoire, dresser un portrait polyphonique et universel de ceux qui cherchent un asile au bout de ce si long chemin… J’ai tenté de donner une voix à ces hommes, une voix multiple tissée comme une rhapsodie, pour raconter leur odyssée infernale en trois chants successifs : Partir / Traverser / Errer. Et, comme les odyssées, ce texte présente une dimension orale ; j’y ai cherché une langue poétique apte à rendre compte de la dimension tragique de cette aventure humaine, à la fois ancestrale et contemporaine.

 

 

Les droits d’auteur de ce livre sont reversés à l’association  SOS  MÉDITERRANÉE